Les emojis et la langue française



Les modes de communication d’aujourd’hui incluent beaucoup de digital. Whatsapp, Messenger de Facebook, Twitter, les messageries instantanées dans le monde professionnel.

La transcription des émotions est assez difficile à l’écrit pour certain, c’est pourquoi envoyer un sourire, un clin d’oeil, un coeur peut paraître beaucoup plus significatif qu’une phrase.

Dans notre société actuelle, nous avons malgré tout tendance à croire que l’envoie d’un emoji évite l’effort d’une construction grammaticale.

Cependant Pierre Halté, docteur en sciences du langage à l’Université Paris-Est Créteil, pense tout le contraire.

“Non, c’est un fantasme. Beaucoup de gens pensent que les émojis contribuent à appauvrir notre langue verbale. Mais ce n’est pas le cas. Les émojis ne remplacent pas des mots, ils remplacent des gesticulations, une intonation, etc. que l’on utiliserait à l’oral. Ils s’intègrent au texte et interagissent avec lui.”

Dans le milieu professionnel, un emoji présent dans un mail est décrédibilisant. En effet une étude Israélienne datant de  2017 a démontré que la réception d’un emoji dans un échange professionnel donne au lecteur une mauvaise image de la personne qui l’aura envoyé, associant cet acte à un manque de professionnalisme et de sérieux.

Plus grave est l’analogie faite entre sexisme et emoji. Lorsqu’un utilisateur lit un e-mail anonyme contenant un emoji, il pense souvent que le rédacteur est une femme.  

Les avantages de l’apparition des emojis

Avec l’apparition des emojis, la tendance aux abréviations et au langage SMS s’est considérablement réduite. Dans les années 90-2000, la création de chats a fait émerger les abréviations, massacre à la langue française et très désagréables à lire du style “Mdr” “LoL”… Un éclat de rire peut tout à fait être symbolisé par un emoji.

Autre point favorable, les emojis permettent de retransmettre nos émotions, ce qui peut améliorer la qualité de nos échanges. J’assimile les emojis comme la digitalisation de nos langages corporels et gestuels.

Avez-vous déjà essayé d’interagir physiquement avec une personne sans la moindre émotion et sans bouger ? C’est très difficile, de même qu’aujourd’hui une conversation (plutôt personnelle) sans emoji peut donner une impression de retenue, et d’absence de proximité avec la personne. Au contraire, l’intégration de quelques emojis peut démontrer une certaine complicité.

Et l’éducation dans tout ça ?

Les emojis peuvent donc être un moyen d’interagir très rapidement, et pourrait être un moyen de casser la barrière de la langue, en prenant quand même en compte les différences culturelles de certain pays.

Les emojis peuvent être la première approche d’un programme de correspondance multiculturelle afin de faire un travail linguistique pour les plus jeunes apprenants.

Certains défis ont été lancés sur le web avec des conversations faites uniquement en emojis.

Le premier contact avec les jeunes enfants peut se faire sur ce concept-là, en intégrant au fur et à mesure des mots dans une langue différente, en mettant l’accent sur les règles grammaticales et orthographiques de la langue choisie.

Cela représente un moyen ludique et parlant pour ces enfants qui ont toujours connu ce moyen de communication numérique.  

En ce qui concerne la langue française même, un emoji peut aider à la compréhension d’une figure de style, dont une des plus courantes : l’ironie. Sans connaître le contexte, il est parfois difficile de retrouver l’ironie dans certaines conversations. L’ajout d’un emoji nous éclaircit sur la contextualisation.

Idée loufoque : sur la plateforme Acarya, l’introduction à un cours sur les figures de style de la langue française pourrait se faire par le moyen d’emojis, qui serait un moyen gamifié et moderne de retenir l’attention des élèves, qui baisse de plus en plus.

Références :

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2017/07/17/37002-20170717ARTFIG00037-pierre-halte-l-emoji-n-est-pas-un-appauvrissement-du-langage.php